GuidePar l’équipe Deckwise

Le guide complet du sourcing de startups

Le sourcing de startups, c'est la recherche active d'entreprises à évaluer avant même qu'elles candidatent. Là où le screening filtre les dossiers que vous avez déjà, le sourcing décide quels dossiers vous voyez au départ. La qualité de tout ce qui suit est plafonnée par la qualité de ce que vous avez sourcé.

La plupart des fonds et des programmes subissent leur sourcing. Les candidatures arrivent, des intros chaudes tombent, un associé transfère un deck. C'est de l'inbound, et l'inbound a un biais : vous ne voyez que ce qui sait déjà que vous existez. La meilleure entreprise pour votre thèse ce trimestre ne vous enverra peut-être jamais rien. Le sourcing, c'est aller la chercher quand même.

Ce guide couvre ce qu'est le sourcing, pourquoi l'inbound seul ne suffit pas, comment sourcer sur une thèse plutôt que sur un mot-clé, où les startups laissent des traces publiques, un workflow pas à pas exécutable cette semaine, comment qualifier avant même la première conversation, et les erreurs qui gâchent discrètement un effort de sourcing.


Le sourcing : trianguler des sources publiques pour un candidat qualifié sur votre thèseRegistres officiels, dépôts de levée et signaux d'activité sont recoupés pour qualifier un candidat au regard de votre thèse.RegistresSIRENE · EDGARDépôts de levéeForm D · Form CEmbauche & signauxtrafic · effectifCandidat qualifiéau regard de votre thèse
Le sourcing : trianguler des sources publiques pour un candidat qualifié sur votre thèse

L'inbound n'est pas une stratégie, c'est un filtre

Le deal flow inbound donne une impression d'abondance. Un accélérateur connu peut recevoir des milliers de candidatures par cycle. Mais le volume n'est pas la couverture. L'inbound surreprésente les boîtes douées pour candidater, branchées sur les bons réseaux, et qui vous cherchent déjà. Il sous-représente l'opérateur discret à deux villes de là, tête dans le guidon, qui n'a jamais entendu votre nom.

S'appuyer sur l'inbound, c'est laisser votre pipeline se faire modeler par qui vous a trouvé, pas par qui vous correspond. Le sourcing outbound inverse ça. Vous partez de votre thèse et vous remontez vers les entreprises qui y collent, qu'elles aient prévu de vous contacter ou non.

Le vrai arbitrage

L'inbound est bon marché et biaisé. L'outbound demande plus de travail et est moins biaisé. Aucun n'est une stratégie complète à lui seul :

  • L'inbound remplit le haut de l'entonnoir à coût quasi nul, mais sa composition est décidée par votre réputation et votre portée, pas par votre thèse. Si votre marque penche vers une géographie ou un secteur, votre inbound aussi, silencieusement.
  • L'outbound vous laisse corriger ce biais volontairement. C'est ainsi que vous atteignez les entreprises que votre réputation n'atteint pas, et c'est le seul levier qui améliore la couverture plutôt que le seul volume.

Un pipeline sérieux utilise les deux, et traite l'inbound comme une entrée à qualifier comme une autre, pas comme une entrée privilégiée parce qu'elle est arrivée spontanément.


Sourcer sur une thèse, pas sur un mot-clé

L'échec classique du sourcing outbound, c'est de chercher par mot-clé. « IA santé seed » renvoie dix mille résultats et aucun jugement. Un mot-clé vous dit ce qu'une boîte raconte sur elle-même. Il ne vous dit pas si elle correspond à ce que vous soutenez vraiment.

Sourcer sur une thèse, c'est d'abord encoder vos vrais critères : le stade où vous investissez, les géographies que vous couvrez, les secteurs que vous comprenez, les modèles auxquels vous croyez, et les lignes que vous ne franchirez pas. Ce standard écrit est ce qui transforme une liste brute en liste qualifiée. (Pour écrire ce standard, voyez les entrées thèse d'investissement et anti-thèse du glossaire.)

À quoi ressemble une thèse utilisable

Une thèse assez vague pour tout accueillir ne filtre rien. Une thèse utilisable est précise sur au moins quatre axes :

  • Le stade. Pre-seed, seed, Série A. À lui seul, ça retire l'essentiel du bruit.
  • La géographie. Les marchés que vous pouvez réellement soutenir et évaluer.
  • Le secteur et le modèle. Pas « la tech » mais « le SaaS vertical à modèle d'usage » ou « le hardware à go-to-market régulé ».
  • L'anti-thèse. Ce que vous ne soutiendrez pas, aussi bon que ça paraisse. C'est l'axe que la plupart des fonds sautent, et c'est celui qui vous sauve du dossier qui score bien sur le papier et franchit une ligne que vous avez tracée exprès.

Une liste bâtie sur une thèse est plus petite et bien plus utile qu'un déversement de mots-clés. Cinquante entreprises qui collent vraiment à votre stade, votre géo et votre modèle valent mieux que cinq mille qui se contentent de mentionner votre secteur.


Où les startups laissent des traces publiques

Vous n'avez pas besoin de données privées pour trouver et pré-qualifier la plupart des entreprises. Les boîtes early-stage laissent une trace étonnante dans les sources publiques et officielles :

  • Les registres d'entreprises. Immatriculation, situation, dirigeants et dépôts vivent dans les registres officiels : SIRENE et INPI en France, SEC EDGAR et registres d'État aux États-Unis, Companies House au Royaume-Uni, GLEIF à l'échelle de l'UE. C'est la vérité de terrain sur l'existence d'une boîte, son âge, et qui la dirige.
  • Les signaux de levée. Les dépôts publics de levée (comme le Form D à la SEC aux US, le Form C pour le crowdfunding en equity) et la presse marquent qui a levé, grossièrement quand, et souvent combien.
  • Brevets et IP. USPTO, EPO et INPI montrent ce qu'une boîte a réellement déposé, un signal plus dur qu'un slide qui revendique une techno propriétaire.
  • Embauche et produit. Les offres d'emploi révèlent la roadmap et le momentum avant toute annonce. Une boîte qui recrute trois postes de vente vous dit quelque chose qu'un communiqué ne dira que dans six mois.
  • Les signaux indirects. Quand les vrais chiffres sont privés, des proxies prennent le relais : croissance d'effectif, tendances de trafic web, empreinte communautaire, volume d'avis. Aucun n'est une preuve à lui seul, mais ensemble ils séparent le momentum d'une simple landing page.

L'idée n'est pas de faire confiance à une seule source. C'est de trianguler. Une entreprise qui apparaît à la fois dans les registres, les dépôts et les signaux d'embauche est un prospect différent d'un nom qui n'existe que dans son propre marketing.


Un workflow de sourcing concret

Le sourcing n'est pas magique, c'est une boucle répétable. Une version qui marche :

  1. Écrivez la requête, pas le mot-clé. Traduisez votre thèse en une recherche exécutable : stade, géo, secteur, et un signal (a récemment levé, recrute, a déposé un brevet). « Boîtes hardware climat françaises en seed qui ont posté des postes d'ingénierie le trimestre dernier » est une requête. « Climate tech » est un mot-clé.
  2. Ratissez plusieurs sources. Lancez-la contre les registres, les dépôts de levée, les jobboards et le web. Chaque source voit une tranche différente ; aucune n'est complète.
  3. Dédupliquez et identifiez l'entité. La même boîte apparaît sous des noms légèrement différents selon les sources. Résolvez-la à une seule entité réelle et immatriculée pour ne pas courir après des fantômes.
  4. Tirez la trace publique. Pour chaque candidat, rassemblez ce que le registre public montre déjà : création, situation, levées, brevets, tendance d'effectif.
  5. Pré-qualifiez sur la thèse. Scorez le fit avant tout contact (voir plus bas). Tout ce qui échoue n'entre pas dans le pipeline.
  6. Vérifiez les affirmations porteuses. Pour les survivants, recoupez les deux ou trois affirmations sur lesquelles repose votre intérêt avant le premier call.

La discipline, c'est que la qualification et une première vérification se font avant le contact, pas après. C'est ce qui protège votre ressource la plus rare : l'attention.


Les signaux qui séparent le momentum du théâtre

Les boîtes early-stage sont douées pour avoir l'air occupées. Quelques signaux sont plus durs à truquer qu'une landing page :

  • La vélocité d'embauche sur les bons postes. Des recrutements d'ingénierie et de vente signalent une vraie traction. Un mur de postes « growth hacker » signale un burn.
  • Des dépôts publics répétés et datés. Une boîte qui a déposé sur plusieurs périodes a une trace écrite. Une immatriculation unique et récente accompagnée de grandes affirmations mérite plus de scrutin.
  • Des mentions tierces avec de la substance. Un client qui les nomme, un analyste qui les cite, un registre qui les confirme. Les affirmations auto-publiées sont le point de départ, pas la preuve.
  • La cohérence entre sources. Le signal le plus fort est ennuyeux : la même histoire tient dans le registre, le dépôt, le jobboard et la presse. L'incohérence, c'est là qu'on creuse.

Qualifier avant de contacter

La ressource chère en sourcing, ce n'est pas la liste. C'est l'attention. Contacter une boîte mal alignée coûte une conversation, une relance, et l'opportunité que vous n'avez pas passée sur un meilleur fit. La qualification en amont protège cette attention.

Qualifier, c'est passer chaque entreprise sourcée au crible de votre thèse avant qu'elle entre dans votre pipeline, pas après. Le stade colle ? La géo ? Le modèle ? Quelque chose touche-t-il votre anti-thèse ? Une boîte qui rate ces vérifications ne devrait jamais atteindre votre agenda, aussi intéressante que soit l'accroche.

C'est aussi là que la vérification commence à compter. Une entreprise sourcée arrive souvent avec des affirmations attachées, depuis son site, sa presse, ses dépôts. Recouper les affirmations matérielles contre des sources publiques avant le premier call, c'est entrer en connaissant déjà ce qui tient. (C'est la même discipline que celle qui anime le screening. Voir La Méthode Deckwise et Screening manuel vs IA.)


De la veille au pipeline, sans changer d'outil

Le sourcing n'est pas une liste one-shot. Votre thèse reste stable pendant que le marché bouge, donc la bonne posture est continue : une veille permanente qui fait remonter les nouvelles boîtes dès qu'elles franchissent vos critères, alimentant un pipeline que vous suivez vraiment.

La rupture que la plupart des équipes rencontrent, c'est l'outillage. Le sourcing se fait dans un navigateur et un tableur, la qualification ailleurs, et le pipeline vit dans un troisième endroit. Chaque passage de relais perd du contexte et ralentit la boucle. Garder sourcing, qualification et pipeline au même endroit, c'est ce qui transforme une prospection occasionnelle en une habitude qui compose. (Voir Deckwise vs tableurs pour comprendre où se cache l'essentiel du coût.)


Erreurs fréquentes

  • Sourcer par mot-clé plutôt que par thèse. Produit du volume, pas du fit.
  • Faire confiance à une seule source. Une mention est une piste, pas un fait. Triangulez.
  • Sauter la qualification. Une liste non qualifiée ne fait que déplacer le coût du tri vers votre agenda.
  • Traiter le sourcing comme un one-shot. Le marché se renouvelle. Une liste périmée, c'est un trimestre raté.
  • Confondre un bon deck avec une bonne boîte. Le sourcing fait remonter des candidats. Il ne vous dispense pas de les vérifier.
  • Contacter avant de vérifier l'affirmation porteuse. Le premier call vaut plus quand vous savez déjà quelles affirmations tiennent.

Foire aux questions

Quelle est la différence entre sourcing et screening ? Le sourcing trouve des entreprises à évaluer avant qu'elles candidatent. Le screening filtre et classe celles que vous avez déjà. Le sourcing alimente le haut de l'entonnoir ; le screening décide ce qui entre dans la shortlist.

Faut-il de la donnée payante pour bien sourcer ? Non. La plupart des boîtes se trouvent et se pré-qualifient à partir de sources publiques et officielles : registres, dépôts de levée, brevets, jobboards. La donnée payante ajoute de la couverture, mais la trace publique suffit à démarrer et souvent à décider.

Combien d'entreprises une passe de sourcing devrait-elle produire ? Moins que vous ne le pensez, et c'est le but. Une thèse serrée produit une liste courte et à fort fit. Si une passe renvoie des milliers de résultats, c'était une recherche par mot-clé, pas par thèse.

Quand l'outbound bat-il l'inbound ? Chaque fois que votre réputation n'atteint pas les entreprises qui vous correspondent, c'est-à-dire la plupart du temps pour une thèse ciblée. L'inbound couvre qui vous connaît ; l'outbound couvre qui vous correspond.


En résumé

Le sourcing fixe le plafond de tout ce qui suit. Sourcez par thèse, pas par mot-clé. Triangulez la trace publique au lieu de faire confiance à une seule mention. Qualifiez et vérifiez les affirmations porteuses avant de dépenser une conversation. Et gardez la boucle continue, au même endroit, pour qu'elle compose au lieu de repartir de zéro à chaque cycle.

Comment ça se traduit dans Deckwise

Deckwise traite le sourcing comme le premier des trois piliers. Le pilier Prospection source des entreprises sur votre thèse et votre géographie à partir de sources publiques, les qualifie en amont, et alimente un pipeline au même endroit où vous triez et vérifiez. Les signaux qu'il lit sont les signaux publics ci-dessus, triangulés, pas un flux unique pris pour argent comptant. Le bénéfice n'est pas « plus de leads ». C'est que l'entreprise que vous auriez dû trouver ne reste pas invisible parce qu'elle n'a jamais candidaté.

Ensuite : Le guide complet du screening de startups, transformer un pipeline sourcé en shortlist défendable.